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Rap Français

L’influence américaine
Le rap devient visible en France à partir de 1984 en étant diffusé par les nouvelles radios libres, puis par la télévision, notamment avec l’émission H.I.P. H.O.P. présentée par Sidney sur TF1, grâce à laquelle le Hip-hop devient rapidement très populaire et se répand partout en France.1 H.I.P. H.O.P. est la première émission au monde entièrement Hip-hop.
Cependant les jeunes français se portent alors plus vers la danse, appelée à l’époque le « smurf ». Richy (Nec Plus Ultra) et Lionel D, que l’on présente souvent comme les tout premiers rappeurs français, sont totalement inconnus. Le premier album de Dee Nasty, Panam’ city rappin, auto produit, passe inaperçu. Quelques liens discographiques sont discrètement établis entre Paris et New York : Le Wild Style et World Destruction, du groupe Time Zone, produits par Bernard Zekri, à l’époque journaliste d’Actuel, Odéon, qui restera un certain temps au top 50, chanté en français par B-Side et Bernard Fowler. Quelques « tubes » très grand public lorgnent vers le rap : Chacun fait ç’qui lui plaît (Chagrin d’amour, 1981), Je suis de bonne humeur ce matin (Tristan), Paris Latino (Bandolero, entrecoupé par un rap de Gary « Gangster beat », qui apparaîtra aussi sur le Under Arrest de Serge Gainsbourg), ou vers la culture Hip-hop : Wally boule noire (François Feldmann), Street Dance (Break machine), produit par Jacques Morali. La maison de disques Barclay lance Johnny Go et Destroy Man dans une veine qui se veut gentillement « méchante » avec le maxi On l’balance (1986), dont le visuel est dessiné par l’ artiste Tanino Liberatore.
C’est à la fin des années 1980 que le rap français apparaît sur les ondes, avec les premiers freestyles de Saxo , Rico, New Generation MC’S, NTM, Assassin, MC Solaar et Minister AMER en direct dans l’émission Deenastyle, présentée par Dee Nasty sur Radio Nova. Le rap français naît donc avec un ton revendicatif et des textes évoquant le racisme, la précarité, le chômage ou la violence ; des thématiques plus inspirées de Public Enemy que du rap festif. Le premier succès grand public survient avec le groupe belge Benny B. en 1990. Si le tube "Mais vous êtes fous" n’a de rap que la forme (aucun contenu contestataire ou revendicatif), il n’en représente pas moins la première incursion significative de cette musique dans le paysage musical francophone. Cependant, c’est surtout avec des compilations que le rap français va éclore. Ainsi Labelle noire de Virgin sort Rapattitude qui contient toute la première génération de rappeurs français et qui se vendra à 100 000 exemplaires. Les succès de Peuples du monde de Tonton David et Bouge de là de MC Solaar marquent une nouvelle étape dans la banalisation du rap, qui sera consacrée avec Le Mia de IAM et La Fièvre de NTM, rappeurs engagés auxquels ces morceaux festifs permettront de gagner une notoriété nationale. Vers 1992 le collectif La Cliqua, réussit à regrouper une quarantaine d’artistes issus de tous les disciplines du Hip - Hop, dont les rappeurs Rocca et Daddy Lord Clark
Au milieu des années 1990, le succès retentissant de rappeurs provocateurs et revendicatifs issus des banlieues, dans lesquelles ils officient depuis des années, est l’occasion d’un débat sur les conditions de vie dans cet environnement. Le coup de projecteur médiatique n’apporte malheureusement aucune solution et l’échange entre les banlieues représentées par les rappeurs et la classe politique tourne au dialogue de sourds, comme lors d’une émission télévisée durant laquelle le député RPR Éric Raoult demande au groupe NTM combien de « thunes » ils ont réinvesti dans leur quartier. Le mouvement hip-hop est profondément ancré dans ce milieu social et le rap est la première expression musicale qui en est issue. Son succès provoque un véritable phénomène de société : la jeunesse des banlieues redécouvre le plaisir de jouer avec la langue de manipuler les mots, les sons et les sens. Le rap devient une porte vers la réussite et la célébrité.
La médiatisation continue avec par exemple l’émission d’ Olivier Cachin RapLine sur M6 l’apparition de fanzines puis de magazines spécialisés ( l ’affiche puis radikal , rap et ragga ...). Le rap commence à vendre et devient plus dansant (ou commercial ) avec des groupes comme Alliance Ethnik,ou Ménélik. Les textes ont un contenu social moins marqué et donc plus acceptable par lesmédias capitalistes. Ainsi, avec le premier album de MC Solaar, qui offre une image plus douce et plus poétique au rap, le courant obtient une reconnaissance critique et populaire et certains bobos bien pensants n’hésitent pas à évoquer l’influence des artistes bien pensants tel Serge Gainsbourg.
Le rap hardcore survit avec une musique plus violente et des textes décrivant le vécu des jeunes de banlieue avec des groupes comme le Ministère A.M.E.R. et Tout simplement noir . Celui-ci apparaît au grand public à l’occasion de l’« affaire NTM ». Le rap connaît alors un nouvel engouement auprès du grand public et de nouveaux groupes apparaissent comme Arsenik, la Fonky Family ou Ménage à 3.
À la fin des années 1990, le rap devient un courant musical majeur en France notamment grâce à la récupération médiatique assurée par la radio Skyrock qui en fera sa spécialité (son crédo). Dès 1992, MC Solaar remporte la victoire de la musique du meilleur chanteur de l’année ; en 1998, IAM gagne celle du meilleur album de l’année avec L’École du micro d’argent, et, dès l’année suivante, une catégorie « album rap ou groove » est créée. Beaucoup d’argent est en jeu et on assiste à l’apparition d’un rap business tout comme aux États-Unis. Toutefois un style proprement français se développe qui se détache du modèle américain. La France devient la deuxième scène mondiale de rap. Certains médias deviennent le passage obligé pour lancer un album, accentuant de ce fait selon certains (La rumeur, Sheryo et d’autres) une sorte de formatage dans les rythmes et sonorités autant que dans les paroles.
En refusant cette médiatisation, des rappeurs aux textes conscients et parfois révolutionnaires diffusent leur musique gratuitement (profitant des débuts de l’internet) en critiquant l ’industrie culturelle et le "milieu" rap français . D’autres en marge de la médiatisation sortent des albums, notamment à travers le collectif Time Bomb créé en 1995 par DJ Mars et DJ Sek, autour de Ali et Booba (Lunatic), Oxmo Puccino, Hi-Fi, ou encore Les X a.k.a les X-Men (Ill et Cassidy).
Aujourd’hui, une question se pose sur le rap français : dépendance ou indépendance ?, "ça fait vingt ans que ça dure et ce n’est pas prêt de s’arrêter..."


